Feedback : adoptez un état d’esprit tourné vers le « give back »
Entretien avec Olivier Rozier, vice-président des ressources humaines Amérique du Nord pour le Club Med. Ce que la culture américaine du « give back » peut apprendre au feedback européen.
« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Ces mots, prononcés par John Fitzgerald Kennedy le 20 janvier 1961, sont restés dans l’Histoire. Depuis, la citation en est venue à résumer une approche de la solidarité à l’américaine, plus ascendante et participative qu’en France.
Dans l’entreprise, le télétravail a reconfiguré les relations entre salariés. Les temps d’échange passés à la machine à café ou à la cantine n’existent plus. Il faut alors trouver un moyen de garder le lien, ce qui n’est pas chose facile dans un monde où l’« égosystème », la compétition plus que la coopération, prime trop souvent sur l’écosystème.
Le temps que l’on consacre à l’autre est source de mieux-être : pour soi, pour l’autre et pour le collectif.
Donner du feedback, c’est accorder du temps gratuit pour que ses collaborateurs progressent et se développent personnellement.
Encourager les réussites plutôt qu’insister sur les échecs
« Les Américains ont culturellement un état d’esprit positif. Ils ont besoin de donner du punch et de l’encouragement, et n’hésitent pas à adopter une lecture plus émotionnelle que rationnelle de la prestation d’un collaborateur », estime Olivier Rozier.
Un article de la Harvard Business Review intitulé « The Feedback Fallacy » nous invitait à revoir notre manière de donner du feedback, en soulignant les points positifs et les réussites plutôt qu’en mettant l’accent sur les manquements. Cela tient au fonctionnement de notre cerveau, qui se développe davantage là où il est le plus fort :
Commencez toujours par un light check-in
Pour donner un bon feedback, Olivier Rozier commence toujours par un « light check-in ». Avant de demander aux membres de son équipe quel travail ils ont accompli et quelles ont été leurs difficultés, il demande à chacun comment il se sent. Cela lui permet de sonder son niveau d’énergie.
À l’heure où le télétravail devient la norme, cette simple prise de température permet de recréer du lien entre individus et de favoriser l’engagement de chacun.
Si la culture du feedback constructif est plus répandue outre-Atlantique, c’est peut-être parce que celle du « give back » la précédait : très tôt, les jeunes Américains sont tenus d’allouer du temps à la communauté avec des missions d’intérêt général. On leur apprend aussi davantage à travailler en groupe. Résultat : une dynamique collective affirmée.
Le give back, ou comment se rendre disponible pour l’autre
Puisque les managers passent du temps à donner leur feedback, pourquoi les managés ne redonneraient-ils pas eux aussi de leur temps ? Adopter la culture du give back ne nécessite pas d’échafauder des plans complexes de RSE, ni de lancer une fondation d’entreprise. Mais simplement de se rendre disponible pour l’autre.
Cela concerne aussi bien les managers que les managés, qui pourraient davantage aider leurs collègues traversant des difficultés. Il est temps de rendre à l’autre et à la société ce qu’elle nous a donné.
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